mercredi 13 novembre 2013

Ça a à voir avec les chiens féraux. Ils tracent une route sans esprit d'indécision, ni concertation préalable. Néanmoins, aucune route nommée ne leur résiste. Ils courent, flairs en alerte, gueules ouvertes, baveuses et fumantes, rouges écrins offerts au nacré dépoli des crocs usés ; déviant leur trajectoire dès qu'un effluve humain taquine leur muqueuse vibratile. Libres ou pas. C'est ça l'esprit des féraux, qui se laissent happer par la nuit et se replier dans l’ombre du jour. Fuir le déjà connu, à l’affût de ses indices pour ne plus le connaitre à nouveau. Et si l’un se détache du groupe, les autres ne détournent pas la tête, ils poursuivent la route qui ne se nomme pas. Et si l’un se détache du groupe pour arrêter la course éperdue, ne fût-ce qu’un instant, y laisser sur la rétine s'imprimer une seule image. Une image choisie, cadrée ; celle d’un port de pêche désaccordé, en noir et blanc, vide d’activité humaine, saturé de cris d’oiseaux qui se pourchassent dans le ciel outremer du levant. Celui-là s’est arrêté, ancrant fermement sa présence fauve sur quatre pattes musclées d'avoir trop couru dans la ville rebelle. Celui-là n'a pas vu l'éclair fatal trouer l'ombre nocturne de sa contemplation.